Quand l’un rattrape l’autre…
Se colle dans ses pattes, pire, le tire par la patte pour le faire plonger de nouveau dans ses émotions, lui ramène un truc qu’il pensait ne jamais revoir.
Au fil du temps, ça se cumule, pire, ça s’accumule, se tricote, s’enchaîne ou s’emmêle.
Et l’autre, celui qui porte et supporte tout ça se dit « saperlipopette, j’avais oublié !!! ».
Parce que, voyez-vous, le passé s’invite dans le présent, lui demandant hommage, l’attirant dans ses griffes pour montrer qu’il est le plus fort.
Résiste à la puissance de l’instant présent, à la force de l’oubli, qui permet – parfois – d’effacer les blessures, les choses désagréables ou terribles, d‘aller de l’avant tout bêtement. Il surgit au moment où on ne l’attend pas, et s’offre le luxe de se cacher quand on le sollicite.
C’est qu’il a de la ressource ! Il a l’aplomb de ce qui est ancré face à ce qui n’est pas encore tout à fait abouti et enregistré. Il explique, quand il est d’humeur, se faisant – quand ça lui chante – tirer l’oreille pour exhumer quelque chose qu’il voulait garder pour lui, celé.
Le passé ne se laisse pas faire.
Il se permet des conseils, « tu sais, quand… », alors que rien n’est pareil puisque, c’est tout à fait manifeste, le présent n’est pas le passé. Il en fait partie, mais il n’est pas toujours impliqué dans la création fugitive de l’instant qui, aussitôt fait, devient autre. Hop, suivant, circulez !
Et le présent fait face.
Ça oui, il a la puissance de ce qui est presque en suspens, en devenir, la force de la jeunesse qui sait bien, mais ne l’avoue pas, qu’elle va passer de l’autre côté, à moment donné.
Il joue sur cette frontière si mince qui envoie ce qui était de l’autre côté du filet, hé ben alors ? juste dans nos mains la seconde d’avant. Il interfère, fait sienne une chose ancienne, la remet au goût du jour, flatté de ce petit plaisir renouvelé qui lui échoit.
Et l’autre qui assiste, parfois impuissant, à ce démêlage, à ces imbrications de ce qui a été et qui configure ce qui est. Parfois, pas toujours. On peut certainement se défaire de son passé.
Qu’on croit ! On le porte avec soi, fardeau de plus en plus imposant à mesure que le temps passe.
Terreau infusant l’être nouveau, celui qui ressent tout son passé, qui le travaille, l’apprivoise pour en faire un constituant sain de son existence. De lutte point, mais une acceptation de l’enveloppe qui contient les lettres du futur.
Tiens, et si j’avais un syndrome de l’oubli ? Peut-être que je pourrais recommencer de zéro ?